Préservation des forêts sèches et de la culture du Moringa, au nord du Pérou

  • Préservation des forêts sèches et de la culture du Moringa, au nord du Pérou (filière moringa avec PROGRESO et GoodPlanet) 

Le projet vise à développer une filière durable de moringa (Moringa oleifera), plante hautement nutritive et adaptée aux conditions climatiques locales, permettant de diversifier les systèmes agricoles existants (élevage, cacao, banane, mangue), de créer de nouvelles activités génératrices de revenus et de lutter contre la malnutrition, tout en préservant la forêt sèche.  

 

La crise sanitaire a fortement impacté le projet, entrainant des retards dans les plantations. Les activités de terrain ont repris depuis juillet, avec en particulier : 

 

  • La finalisation de 2 pépinières à Buenos Aires et La Matanza, pour produire respectivement 4000 et 1500 plants de moringa 

 

  • L’animation d’un atelier de cuisine au moringa avec la communauté de El Progreso 

 

Dans les prochaines semaines, des formations vont être animées avec des producteurs et le séchoir communautaire de El Progreso va être améliorer.  

 

 

femmes de El Progreso durant l’atelier de cuisine au moringa

Femmes de El Progreso durant l’atelier de cuisine au moringa

Des nouvelles du programme ougandais

Le conflit humains-animaux est très fréquent en Afrique, et les pertes liées à la consommation des cultures par la faune sauvage crée de l’insécurité alimentaire, ce qui accroit la pauvreté et entrave le soutien local aux efforts de conservation. Par ailleurs, pour tenter de réduire les dommages, les fermiers utilisent souvent des méthodes vulnérantes pour les animaux.  

 

Le travail doctoral de Julie Bonnald, intitulé « Interactions Humains-Eléphants en zone d’interface agriculture-forêt », a pour objectif d’analyser ces relations dans une région où le conflit est exacerbé par la proximité entre les cultures humaines et l’habitat des éléphants. L’objectif est de proposer des mesures efficaces et non-violentes pour améliorer les conditions de vie des communautés locales, et réduire la pression de braconnage sur la faune sauvage. Encadrée par Sabrina Krief (Professeure du Muséum national d’Histoire naturelle) et Nicolas Métro (Kinomé), son travail pluridisciplinaire bénéficie d’un contexte particulier associant dix ans de recherche sur le terrain du Sebitoli Chimpanzee Project (SCP), 20 ans de recherche de l’équipe Eco-anthropologie du MNHN dans la région sur les relations humains-animaux, à l’expérience pratique de Kinomé dans le conseil aux institutions de développement et dans la création et le suivi de projets de terrain visant à améliorer la qualité de vie des populations rurales dans de nombreuses régions du monde. 

 

Le site d’étude est situé dans la zone de Sebitoli, dans le nord du parc national de Kibale (PNK) en Ouganda, où les communautés locales décrivent deux types d’éléphants dont l’un, petit et sombre, serait plus agressif et difficile à repousser. Des études génétiques réalisées préalablement dans cette région de l’Ouganda ont permis de mettre en évidence la présence des deux sous-espèces d’éléphants d’Afrique : l’éléphant de savane (Loxodonta africana africana) et l’éléphant de forêt (Loxodonta africana cyclotis), ainsi que des hybrides. Ce travail de thèse a confirmé grâce à des analyses morphologiques et génétiques la présence dans la zone de Sebitoli de ces deux sous-espèces ainsi qu’une grande proportion d’hybrides. 

 

 

À partir d’entretiens menés toutes les semaines durant deux ans (Mars 2018 – Février 2020) auprès de 31 fermiers appartenant à 6 villages adjacents à la forêt, nous avons pu avoir une meilleure compréhension des comportements des éléphants lors de leurs excursions dans les champs, ainsi qu’une vision globale sur les interactions entre les humains et ces animaux dans cette zone. 

 

Les premières analyses des entretiens, rapportant 473 observations d’éléphants, montrent que :  

 

  • Les éléphants viennent toute l’année dans les champs, avec des pics d’activités lorsque les cultures s’approchent de la maturité, jusqu’à la fin de la récolte et qu’ils sont attirés par un large spectre de cultures. 

 

  • Les éléphants entrent dans les champs presque exclusivement la nuit. 

 

  • Nous retrouvons aussi bien des mâles (solitaires ou en petits groupes) que des groupes familiaux constitués de femelles et de leurs petits, contrairement à ce qui est observé dans d’autres zones où seuls les mâles viennent consommer les cultures humaines.  

 

  • Les fermiers faisant partie de notre étude ne distinguent pas les deux sous-espèces morphologiquement, mais rapportent des comportements agressifs, notamment par les groupes familiaux comportant de jeunes individus. 

 

  • Quatre grands types de méthodes sont utilisés par les fermiers pour protéger leurs champs des éléphants : faire du bruit (cris, tambours…), éclairer les animaux avec une lampe torche, faire un feu en bordure du champ, et jeter des objets (pierres, bâtons, mottes de terre…). Lorsque les éléphants sont trop insistants ou deviennent agressifs, les villageois peuvent appeler les autorités du parc (UWA) afin qu’ils viennent effectuer des coups de fusil dissuasifs. 

 

  • Des méthodes dites passives sont également retrouvées à certains endroits de la bordure de la forêt : des tranchées, des clôtures de ruches et des zones tampons composées de thé.  

 

  • Contre toute attente, les villages en bordure de la forêt sont affectés différemment par la venue des éléphants (en termes de fréquence et impacts des visites), même entre deux villages distants de quelques kilomètres. Entreraient en ligne de compte, les méthodes passives en place à la bordure des champs, la distance entre les champs et la forêt ou encore les espèces cultivées. 

 

Ce travail de recherche confirme la nécessité de garder une vision globale dans le conflit homme faune et les solutions pour atténuer le conflit entre les humains et les éléphants doivent être pensées à une échelle fine, car des disparités peuvent être observées entre les villages et au sein même des villages.

Kinomé célèbre la Journée Internationale des Mangroves

Kinomé célèbre la Journée Internationale des Mangroves en partageant ses activités pour la gestion et la préservation de cet écosystème si unique. A l’intersection entre terre et mer, la mangrove offre une richesse naturelle fondamentale et a un rôle majeur pour l’économie locale compte tenu des ressources qu’elles procurent aux populations : produits ligneux et non ligneux, ressources halieutiques, pharmacopée, protection de littoraux1. Les études qui précèdent le début des années 2000 s’accordent sur le fait qu’il y a eu une perte importante de mangrove2. A travers ses activités de coordinations du collectif 5Δ et d’évaluation du projet DEDURAM, Kinomé vise à apporter des réponses aux problématiques de gestion et de valorisation des écosystèmes de mangroves.

Distribution des territoires de mangrove dans le monde (Par ChandraGiri — distribué par CC BY-SA 3.0)

Kinomé est membre du collectif 5Δ depuis 2014 et coordonne les activités de ce collectif unique en Afrique de l’Ouest

Dans les deltas d’Afrique de l’Ouest, de nombreuses initiatives existent pour accompagner les populations dans la valorisation durables des espaces de mangroves tels que le reboisement communautaire, l’ostréiculture écologique ou la production de bio charbon. Cependant, le manque de synergie, la persistance des approches sectorielles et monofonctionnelles des territoires de mangroves, en opposition avec les tendances à la diversification des usages et des économies domestiques liées à ces territoires, expliquent l’impact positif limité de la plupart des actions de développement et de préservation des écosystèmes.

Le « littoral » est une mosaïque de territoires, de sociétés et d’économies, ce qui conduit à des perceptions divergentes, oblige à contextualiser, et confirme la nécessité d’une approche territoriale et multi acteurs. Sur ce constat, le collectif 5Δ, a été créé en 2014, regroupant un ensemble d’acteurs (ONG de droits local et ONG de droit européen) intervenant pour la valorisation durable des écosystèmes de mangrove au niveau de 5 deltas ouest africains (Fleuve Sénégal, Gambie, Saloum, Casamance et rio Cacheu). L’objectif du collectif est de mettre en place une action sous régionale considérant les territoires de mangroves et les écosystèmes associés et plaçant les populations locales au centre afin de concilier préservation de la biodiversité et développement local.

Le collectif a lancé en 2018 une première opération de capitalisation croisée au Sénégal pour l’élaboration d’une mallette d’outils et de démarches associées pour la valorisation durable des écosystèmes en territoire de mangrove. En soutenant à la fois des espaces d’échange entre acteurs communautaires et des actions de gestion participative équitable et durable des ressources, le collectif 5Δ entend donner aux femmes, aux hommes et aux jeunes la capacité de mettre en œuvre des actions de développement local durable, valorisant les services issus des mangroves et préservant la biodiversité et les écosystèmes tout en augmentant leurs revenus.

Aujourd’hui, le collectif 5Δ intervient sur 500 000 hectares de mangroves au bénéfice de 230 000 personnes. L’initiative portée par le collectif se démultiplie : en 2018, un second collectif 5Δ s’est créé dans le Golfe du Bénin et des voyages d’études ont été organisés avec le réseau Mihari à Madagascar. Un réseau à plus grande échelle se développe entre des acteurs de contextes et territoires différents, et permet d’harmoniser les approches et créer des synergies dans la conservation des ressources de mangroves.


Kinomé évalue le projet DEDURAM, alliant préservation de la mangrove et continuité des activités économiques en Guinée-Bissau

Les côtes et les écosystèmes de mangroves en Guinée-Bissau sont primordiaux pour la majorité des populations locales qui vivent en zone côtière, où se concentrent les activités de pêche et riziculture, importantes pour la sécurité alimentaire des populations rurales. Cependant, le changement climatique, et l’augmentation du niveau de la mer résultante, affectent les producteurs côtiers.

Les filières sel et riz sont les principales productions agricoles de cet écosystème fragile. La production de sel en Guinée-Bissau est une source de revenus importante parmi les autres activités des femmes productrices. Toutefois, cette activité est très consommatrice de bois de mangroves (plus de 2 tonnes de bois pour produire une tonne de sel) entraînant une déforestation notamment des mangroves. Les vapeurs produites par cette technique ignigène sont aussi toxiques pour les femmes productrices de sel. De même, l’activité de riziculture menace l’écosystème des mangroves du fait du défrichement des espaces de mangrove pour aménager des périmètres rizicoles. 

Activités de riziculture et de saliculture solaire (crédit photos : DEDURAM)

Dans ce contexte, le projet de DEveloppement DURable de l’Agriculture de Mangrove en Guinée-Bissau (DEDURAM) porté par UNIVERS-SEL et la fédération paysanne KAFO contribue à la diminution anthropique sur la ressource de mangrove à travers la diffusion de techniques de saliculture et de riziculture durable et moins consommatrices de bois de mangrove. On estime que 4000 tonnes de sel produites selon la technique solaire permettraient d’éviter le défrichement de 24 hectares de forêt de mangrove[1] pour du bois de palétuviers qui aurait servi à la cuisson de la saumure. De même, la gestion de l’eau dans les périmètres rizicoles aide au maintien de la biodiversité dans ces milieux, et lutte contre le défrichage de surface supplémentaire de mangrove en augmentant la production de rizières et en favorisant la réhabilitation de rizières abandonnées.

Le projet DEDURAM vise aussi à améliorer les conditions de vie des exploitations familiales des zones de mangroves à travers des impacts économiques et sociaux. En effet, l’augmentation des rendements par la Gestion de l’Eau à la Parcelle (GEP) est estimée à 30% en 3 ans et l’augmentation des revenus par la saliculture solaire d’au moins 50%. Au-delà de l’augmentation de revenus, ces techniques allègent la charge de travail et sécurisent les rendements contrairement à d’autres projets mis en œuvre qui ne prennent pas forcément en considération la charge de travail des nouvelles techniques introduites. Le projet vise aussi à diminuer les difficultés des tâches et à contribuer à la sécurité alimentaire des ménages.

Kinomé a réalisé une évaluation du projet DEDURAM dans le cadre de la fin de financement de 3 ans de l’AFD. Plusieurs recommandations ont été présentées par Kinomé, qui pourront être mises en œuvre pendant cette dernière année du projet qui couvre une période de 4 ans (2016-2020).


Dans le contexte des changements climatiques auxquels les zones côtières de mangrove sont particulièrement exposées, une approche globale de la valorisation et de la protection de ces écosystèmes est essentielle pour assurer la pérennité de ces ressources et par extension des communautés qui en dépendent.


  1. Akegbejo-Samsons, Y. & Omoniyi I.T. (2009). Défis en matière de gestion des forêts de mangrove en Afrique : une évaluation critique de la zone du Delta du Niger au Nigéria. Nature et Faune, 24(1), 52-57.
  2. Valiela, I., Bowen, J., York, J.K. (2001). Mangrove forests: one of the world’s threatened major tropical environments, Bioscience, 51(10), 807–815.