Étude des impacts sociaux d’une plantation de palmier dattiers au Maroc

Depuis plusieurs années déjà, Kinomé réalise l’étude des impacts sociaux des projets du fonds d’investissement 12Tree. Habituellement situés en Amérique Latine, cette année Kinomé a réalisé pour le première fois cet exercice sur un projet au Maroc.

 

Encore en phase d’installation et de plantation, celui-ci sera amené à devenir la plus grande plantation de palmiers dattiers au monde (600 hectares). 

Les jeunes palmiers récemment plantés et leur système d’irrigation en goutte à goutte (©Bettina Mathorel - Kinomé)

Les jeunes palmiers récemment plantés et leur système d’irrigation en goutte à goutte (©Bettina Mathorel – Kinomé)

Deux membres de l’équipe Kinomé se sont rendus sur place, à la frontière entre les régions du Drâa-Tafilalet et de l’Oriental au Sud Est du pays pour visiter le projet et ses environs afin d’analyser les enjeux sociaux et environnementaux qui lui sont liés. L’approche de Kinomé, basée sur une vision globale permet lors du terrain de réaliser deux choses : 

 

  1. Une meilleure compréhension du contexte local, tant au sein du projet comme pour les communautés et écosystèmes environnants
  2. D’analyser des 7 besoins fondamentaux et universels des populations, c’est à dire les employés du projet comme les communautés locales.

Les 7 besoins fondamentaux et universels des êtres humains (©Edel Gött)

 

Les observations, rencontres et échanges réalisés pendant cette visite permettent de faire émerger les vrais besoins des populations impactés par le projet. Une fois les principaux enjeux du contexte local et du projet identifiés et mis en relation, Kinomé peut ainsi proposer des recommandations d’amélioration aux équipes du projet pour l’élaboration d’un plan de de progrès afin d’améliorer leur impact social.

 

Rencontre des ouvriers de la ferme en focus groups d’une dizaine de personnes (©Bettina Mathorel – Kinomé)

 

Lors de cette visite, Kinomé a pu comprendre l’importance du palmier dattier dans la culture locale oasienne, les efforts entamés par le gouvernement Marocain pour permettre le développement de cette région particulièrement pauvre du pays, et le potentiel économique important de la région : en témoignent les nombreux projets de plantation installés dans la région. 

 

L’équipe retournera visiter le projet dans deux ans pour procéder au même exercice et constater l’évolution de l’impact du projet sur les populations et leurs besoins.

L’Oasis de Beni Yatti, qui tente de poursuivre la tradition oasienne malgré l’abandon progressif de l’oasis par une grande partie de sa population. En cause : l’enclavement de l’oasis (la piste le rejoignant n’est arrivée qu’en 2012), la maladie du Bayoud qui ravage le palmier dattier, et la violence des inondations qui ne cesse de dégrader l’oasis. (©Bettina Mathorel – Kinomé)

Kinomé célèbre la Journée Internationale des Mangroves

Kinomé célèbre la Journée Internationale des Mangroves en partageant ses activités pour la gestion et la préservation de cet écosystème si unique. A l’intersection entre terre et mer, la mangrove offre une richesse naturelle fondamentale et a un rôle majeur pour l’économie locale compte tenu des ressources qu’elles procurent aux populations : produits ligneux et non ligneux, ressources halieutiques, pharmacopée, protection de littoraux1. Les études qui précèdent le début des années 2000 s’accordent sur le fait qu’il y a eu une perte importante de mangrove2. A travers ses activités de coordinations du collectif 5Δ et d’évaluation du projet DEDURAM, Kinomé vise à apporter des réponses aux problématiques de gestion et de valorisation des écosystèmes de mangroves.

Distribution des territoires de mangrove dans le monde (Par ChandraGiri — distribué par CC BY-SA 3.0)

Kinomé est membre du collectif 5Δ depuis 2014 et coordonne les activités de ce collectif unique en Afrique de l’Ouest

Dans les deltas d’Afrique de l’Ouest, de nombreuses initiatives existent pour accompagner les populations dans la valorisation durables des espaces de mangroves tels que le reboisement communautaire, l’ostréiculture écologique ou la production de bio charbon. Cependant, le manque de synergie, la persistance des approches sectorielles et monofonctionnelles des territoires de mangroves, en opposition avec les tendances à la diversification des usages et des économies domestiques liées à ces territoires, expliquent l’impact positif limité de la plupart des actions de développement et de préservation des écosystèmes.

Le « littoral » est une mosaïque de territoires, de sociétés et d’économies, ce qui conduit à des perceptions divergentes, oblige à contextualiser, et confirme la nécessité d’une approche territoriale et multi acteurs. Sur ce constat, le collectif 5Δ, a été créé en 2014, regroupant un ensemble d’acteurs (ONG de droits local et ONG de droit européen) intervenant pour la valorisation durable des écosystèmes de mangrove au niveau de 5 deltas ouest africains (Fleuve Sénégal, Gambie, Saloum, Casamance et rio Cacheu). L’objectif du collectif est de mettre en place une action sous régionale considérant les territoires de mangroves et les écosystèmes associés et plaçant les populations locales au centre afin de concilier préservation de la biodiversité et développement local.

Le collectif a lancé en 2018 une première opération de capitalisation croisée au Sénégal pour l’élaboration d’une mallette d’outils et de démarches associées pour la valorisation durable des écosystèmes en territoire de mangrove. En soutenant à la fois des espaces d’échange entre acteurs communautaires et des actions de gestion participative équitable et durable des ressources, le collectif 5Δ entend donner aux femmes, aux hommes et aux jeunes la capacité de mettre en œuvre des actions de développement local durable, valorisant les services issus des mangroves et préservant la biodiversité et les écosystèmes tout en augmentant leurs revenus.

Aujourd’hui, le collectif 5Δ intervient sur 500 000 hectares de mangroves au bénéfice de 230 000 personnes. L’initiative portée par le collectif se démultiplie : en 2018, un second collectif 5Δ s’est créé dans le Golfe du Bénin et des voyages d’études ont été organisés avec le réseau Mihari à Madagascar. Un réseau à plus grande échelle se développe entre des acteurs de contextes et territoires différents, et permet d’harmoniser les approches et créer des synergies dans la conservation des ressources de mangroves.


Kinomé évalue le projet DEDURAM, alliant préservation de la mangrove et continuité des activités économiques en Guinée-Bissau

Les côtes et les écosystèmes de mangroves en Guinée-Bissau sont primordiaux pour la majorité des populations locales qui vivent en zone côtière, où se concentrent les activités de pêche et riziculture, importantes pour la sécurité alimentaire des populations rurales. Cependant, le changement climatique, et l’augmentation du niveau de la mer résultante, affectent les producteurs côtiers.

Les filières sel et riz sont les principales productions agricoles de cet écosystème fragile. La production de sel en Guinée-Bissau est une source de revenus importante parmi les autres activités des femmes productrices. Toutefois, cette activité est très consommatrice de bois de mangroves (plus de 2 tonnes de bois pour produire une tonne de sel) entraînant une déforestation notamment des mangroves. Les vapeurs produites par cette technique ignigène sont aussi toxiques pour les femmes productrices de sel. De même, l’activité de riziculture menace l’écosystème des mangroves du fait du défrichement des espaces de mangrove pour aménager des périmètres rizicoles. 

Activités de riziculture et de saliculture solaire (crédit photos : DEDURAM)

Dans ce contexte, le projet de DEveloppement DURable de l’Agriculture de Mangrove en Guinée-Bissau (DEDURAM) porté par UNIVERS-SEL et la fédération paysanne KAFO contribue à la diminution anthropique sur la ressource de mangrove à travers la diffusion de techniques de saliculture et de riziculture durable et moins consommatrices de bois de mangrove. On estime que 4000 tonnes de sel produites selon la technique solaire permettraient d’éviter le défrichement de 24 hectares de forêt de mangrove[1] pour du bois de palétuviers qui aurait servi à la cuisson de la saumure. De même, la gestion de l’eau dans les périmètres rizicoles aide au maintien de la biodiversité dans ces milieux, et lutte contre le défrichage de surface supplémentaire de mangrove en augmentant la production de rizières et en favorisant la réhabilitation de rizières abandonnées.

Le projet DEDURAM vise aussi à améliorer les conditions de vie des exploitations familiales des zones de mangroves à travers des impacts économiques et sociaux. En effet, l’augmentation des rendements par la Gestion de l’Eau à la Parcelle (GEP) est estimée à 30% en 3 ans et l’augmentation des revenus par la saliculture solaire d’au moins 50%. Au-delà de l’augmentation de revenus, ces techniques allègent la charge de travail et sécurisent les rendements contrairement à d’autres projets mis en œuvre qui ne prennent pas forcément en considération la charge de travail des nouvelles techniques introduites. Le projet vise aussi à diminuer les difficultés des tâches et à contribuer à la sécurité alimentaire des ménages.

Kinomé a réalisé une évaluation du projet DEDURAM dans le cadre de la fin de financement de 3 ans de l’AFD. Plusieurs recommandations ont été présentées par Kinomé, qui pourront être mises en œuvre pendant cette dernière année du projet qui couvre une période de 4 ans (2016-2020).


Dans le contexte des changements climatiques auxquels les zones côtières de mangrove sont particulièrement exposées, une approche globale de la valorisation et de la protection de ces écosystèmes est essentielle pour assurer la pérennité de ces ressources et par extension des communautés qui en dépendent.


  1. Akegbejo-Samsons, Y. & Omoniyi I.T. (2009). Défis en matière de gestion des forêts de mangrove en Afrique : une évaluation critique de la zone du Delta du Niger au Nigéria. Nature et Faune, 24(1), 52-57.
  2. Valiela, I., Bowen, J., York, J.K. (2001). Mangrove forests: one of the world’s threatened major tropical environments, Bioscience, 51(10), 807–815.