Évaluation d’un projet sur le riz et sel de mangrove en Guinée Bissau

L’équipe Kinomé avec des riziculteurs bénéficiaires du projet. On aperçoit sur la droite des tuyaux de trop-plein installés grâce à DEDURAM pour améliorer la gestion de l’eau dans les rizières.

 

On le sait peu, mais le riz n’est pas seulement natif d’Asie : il a aussi été domestiqué en Afrique il y a bien longtemps ! 

 

Début avril, Kinomé était en Guinée-Bissau pour faire l’évaluation finale d’un programme visant à aider les riziculteurs et salicultrices de la mangrove. 

 

Dans ce petit pays coincé entre le Sénégal et la Guinée, des paysans labourent les rizières, façonnent des digues, et creusent des canaux d’irrigation uniquement à la main, avec un outil en forme de pelle, appelé K’bindé en langue balante. Un travail colossal ! Les femmes, elles, produisent du sel en faisant de bouillir de l’eau salée sur des feux de bois. Cette technique, très pénible, provoque des problèmes de santé à cause des fumées, et participe à la dégradation des forêts. 

 

Un canal de drainage dans les rizières.

 

Le projet DEDURAM (pour Développement DURable de l’Agriculture de Mangrove), est mis en œuvre par l’association Guérandaise Univers-Sel, qui travaille depuis plus de 20 ans en Afrique de l’ouest pour diffuser des techniques novatrices, à la fois de saliculture solaire (travail facilité et zéro déforestation) et de gestion de l’eau dans les rizières (récoltes sécurisées et meilleur rendement). Le projet a été financé par l’Union Européenne et l’AFD. 

La méthode traditionnelle de production du sel : une saumure (solution saturée en sel, obtenue en filtrant de l’eau à travers de la terre sèche et salée) est chauffée sur feu de bois. Quand l’eau s’évapore, le sel commence à cristalliser et peut être récupéré. Cette méthode implique une grande consommation de bois, et surtout un travail très pénible : toute la journée dans la fumée et la chaleur, alors même que le soleil tape déjà fort !

 

L’équipe a pu visiter plusieurs villages bénéficiaires du projet, rencontrer les paysannes concernées qui leur ont fait part de leur satisfaction, de leur confiance dans le projet, mais aussi de leurs besoins pour la suite. Le terrain a enfin été l’occasion de mettre les pieds dans la boue, (re)goûter au vin de cajou et en apprendre beaucoup les techniques et la culture locale. 

L’ethnie Balante, notamment, s’appuie sur l’organisation collective (la culture du riz impose de se concerter pour gérer l’irrigation à grande échelle) et évite généralement l’accumulation de biens matériels. Par exemple, lorsqu’il a besoin de main d’œuvre, un producteur paye un collectif de travailleurs à un prix standard par groupe, que celui-ci soit composé de 5, 10 ou 15 personnes ! Une pratique qui va à l’encontre de la logique commerciale que nous connaissons, et nous invite à la réflexion

Nouveau programme Cocoa & Forest Knowlegde Exchange : construire des solutions concrètes pour un cacao durable

« Rapprocher les gens sur des sujets qui réunissent ». C’était l’objectif et la grande réussite du webinaire de lancement du programme Cocoa & Forest Knowledge Exchange qui s’est tenu en ligne au mois de janvier. Kinomé et son partenaire Alisos, avec le soutien de la Banque Mondiale, lancent en 2021 un programme d’échange de dix mois sur la filière cacao. L’objectif : promouvoir la production d’un cacao durable en Amérique Latine et en Afrique de l’Ouest. Le programme permet à des acteurs de tous les niveaux de la filière, provenant des deux continents, de se rencontrer, de partager leurs expériences et de construire ensemble des solutions pour un cacao durable. Lors du premier webinaire, les participants ont tous manifesté leur enthousiasme, laissant présager des échanges constructifs lors des prochaines rencontres.  

 

Ces dernières années les pays producteurs de fèves de cacao ont pris des engagements forts pour lutter contre la déforestation et promouvoir une filière cacao durable. La Côte d’Ivoire et le Ghana, qui à eux seuls produisent deux tiers du cacao mondial, ont lancé l’Initiative Cacao & Forêts (CFI), suivis de près par la Colombie. Les gouvernements et le secteur privé se sont ainsi engagés à préserver les forêts, restaurer celles dégradées par les exploitations cacaoyères, augmenter les rendements des petits producteurs et améliorer les conditions de vie des communautés rurales. Or malgré la volonté des gouvernements et du secteur privé d’accélérer la mise en pratique de ces engagements, leur traduction en politiques publiques n’est pas évidente. De plus, la transition vers une production cacaoyère durable représente des coûts que les petits producteurs ne sont pas en capacité de supporter. L’agroforesterie, soit un système de plantation associant intelligemment arbres et cacaoyers sur une même parcelle, permet de diversifier les sources de revenus et donc d’augmenter la résilience des exploitations agricoles, ainsi que d’améliorer la biodiversité des cacaoyères. Le triptyque agroforesterie, protection des derniers massifs forestiers et restauration des forêts dégradées constitue une des options identifiées pour accélérer la lutte contre la déforestation liée au cacao. Mais c’est aussi un mode de production couteux et peu rentable les premières années avant que les arbres arrivent à maturité.  

 

Photo cacao

 

  

L’enjeu du programme Cocoa & Forest Knowledge Exchange est donc d’apporter des outils concrets pour transformer l’ensemble de la chaîne de valeur cacao sur les continents africain et sud-américain, en partant des défis rencontrés sur le terrain. Les sessions aborderont la question des modes de production, du financement des projets agroforestiers, des façons de rémunérer dignement les producteurs de cacao durable, et de la valorisation du cacao (notamment grâce aux certifications comme le bio ou l’équitable). Dix webinaires étalés sur dix mois pendant lesquels les participants auront l’occasion de partager leurs priorités, leurs difficultés, mais aussi leurs expériences et bonnes pratiques pour construire ensemble des solutions. Le programme rassemble ainsi des acteurs issus du privé et du public, de tous les niveaux de la filière cacao, des producteurs de fèves aux distributeurs de barres chocolatées. Six pays participent au programme : le Ghana, la Côte d’Ivoire, la Colombie, le Pérou, la République Dominicaine et le Brésil. Si à l’échelle nationale les acteurs de la filière cacao généralement se connaissent, le programme permet d’encourager un dialogue entre pays et entre continents. Ainsi, lors du webinaire de lancement, des pays d’Amérique latine ont par exemple demandé aux participants ivoiriens de partager leur expérience en termes de partenariats publics-privés dans la gestion de leurs forêts. Tandis que la Côte d’Ivoire était intéressée par les projets de commerce équitable et de production de cacao « grands crus » développés par la République Dominicaine. 

 

Le programme est construit de trois temps forts :  

  1. La formation d’ambassadeurs nationaux du cacao durable, qui feront le lien entre les décideurs et le terrain. Cette première partie, menée par Alisos, est axée sur un travail sur le savoir-être et la mise en commun des connaissances entre participants. 
  1. Une formation technique, apportée par Kinomé, autour du design de systèmes agroforestiers, du financement et de la valorisation de projets cacao durable, du développement de projets coopératifs et de la mesure d’impact. 
  1. Des ateliers pour exporter les modèles et les solutions développés lors des deux premiers temps forts du programme. Des discussions se tiendront avec des acteurs privés et publics, régionaux et internationaux (comme des exportateurs nord-américains ou européens, ou des institutions comme l’Union Européenne). 

 

A l’issue du programme, un guide sur l’agroforesterie et le cacao durable sera produit par Kinomé. Enrichi des débats et échanges du programme, il vise à documenter et partager des bonnes pratiques et des leviers de réussite.  Les participants deviennent ainsi créateurs de solutions concrètes pour la transformation des filières cacao, dans les six pays du programme et au-delà.  

 

Premiers producteurs mondiaux de cacao, la Côte d’Ivoire et le Ghana sont largement dépendant des exportations de fèves. Or la production de cacao pose une réelle menace pour les forêts locales. Sur l’ensemble de la région ouest africaine, la Banque Mondiale considère qu’entre 1988 et 2007, 2,3 millions d’hectares de forêt ont été défrichées pour la production cacaoyère, impactant fortement la qualité des sols et les récoltes de fèves. C’est est un enjeu global qui touche également les pays producteurs d’Amérique du Sud. Amorcer une transformation des modes de production et de transformation du cacao vers des filières plus durables, décarbonées et résilientes au changement climatique nécessite un engagement de tous les acteurs de la chaine de valeur, privés comme publics. En finançant le programme Cocoa & Forest Knowledge Exchangela Banque mondiale, par le biais du Forest Carbon Partnership Facility (FCPF), soutient des pays et acteurs déjà engagés dans des initiatives de préservation des forêts comme la CFI ou la REDD+ mais qui ne disposent pas d’outils pour traduire concrètement leur engagement. 

 

Alors que la pandémie de covid-19 aurait pu limiter les échanges de connaissances, la tenue en ligne du programme Cocoa & Forest Knowledge Exchange est une occasion d’innover. « Faute de pouvoir amener les gens sur le terrain, c’est le terrain qu’on amène aux gens » explique Yohann Fare, Responsable des filières durables chez Kinomé. Des images tournées par des équipes sur le terrain deviendront le support des formations et des discussions. Et les outils de visioconférence encouragent un dialogue intercontinental sur la problématique globale qu’est le cacao durable.